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Chaque photographie a une histoire qui mérite parfois d'être racontée, à condition que la propriété émergente, comme le dit si bien Hubert Reeves, justifie sa survie.

Urban Wave

Publié le 15 Janvier 2012 par Bruno Hilaire in Architecture

 

(signé) rue balard place de la montagne du goulet


Un soir, je retrouve Thibaud au «Bouquet Garni», un jeune qui souhaite me rencontrer pour parler photo. J'étais réticent car, généralement, on vient à ma rencontre pour discuter matériel, focus, ouverture et technique de post traitement, ce qui m'ennuie profondément, d'une part parce que cela ne m'intéresse pas, mais peut-être aussi parce que je n'y entends pas grand chose. Vingt-cinq ans, timide, on engage un monologue de ma part. J'essaye de combler ma gêne par un flot de mots. Petit à petit, le vin rouge et les yeux du gamin me laissent penser que le hasard a mis sur ma route une histoire peu commune.

Thibaud s'est retrouvé à la rue, son père ayant eu du mal à accepter ses écarts à la loi. Thibaud le reconnaît aisément, il n'a pas été très réglo et n'en est pas fier. Il a squatté chez des copains, a cherché et trouvé un job, puis une amie, un logement et a repris une formation en alternance. En quelques mots, il vient de me percer en plein cœur, mais il ne le sait pas encore. Quelquefois, il retourne chez son père, ne lui en veut pas et me dit qu'ils s'entendent bien de nouveau.

Bon, et si tu me montrais tes photos, dis-je ! Il ouvre son sac, sort un ordinateur où défilent des clichés, noir et blanc, plutôt pas mal. Je me souviens de quelques vues de New York. Je l'encourage très chaleureusement et sincèrement. Son appareil semble être un très bon ami à lui, il l'aime, le chouchoute et surtout, se pose plein de questions sur la qualité de chaque cliché : il n'est jamais totalement content de ses prestations (tiens, cela me rappelle quelque chose !)

Lors de l'exposition de septembre 2011 au Lavoir de Carrières-sur-Seine, pratiquement une année plus tard, un couple s'attarde devant Urban Wave. Cette photo a été prise un dimanche après-midi, alors que nous faisions une balade digestive suite à un repas assez riche. J'ai un faible pour ce bâtiment et l'inclinaison que j'ai donnée, lors de la prise de vue, donne un mouvement d'onde, de vague. Je vais à la rencontre de ce couple, leur demandant s'ils ont une question, tout en ajoutant que cette photo a été prise dans le 15ème arrondissement. Ils me sourient gentiment et, après un instant de silence, m'indiquent qu'ils habitent dans l'appartement qui est juste au centre de la photo ! Je profite de l'aubaine pour demander s'ils ne connaissaient pas, par hasard, le nom de l'architecte que je cherche désespérément : Aymeric Zublena. Vous savez, il a construit le Stade de France.

Je sympathise rapidement et nous faisons le tour de l'exposition. Le monsieur me dit qu'ils attendent leur fils, qu'ils se sont donné rendez-vous à l'exposition et qu'ensuite leur fils les invite au restaurant. Hé bien, vous avez de la chance. Pas un seul instant je n'ai imaginé, avant de le voir entrer dans le lavoir, qu'ils me parlaient de Thibaud.

Alors voilà, la boucle est bouclée. Enfin pas tout à fait. J'expose en avril prochain et j'ai invité Thibaud à y montrer quelques clichés. Pour le reste, je me persuade, concernant mon propre fils, que rien n'est perdu. L'important est de ne pas désespérer.

 

En décembre, Thibaud a gagné un concours photo dans la ville de Jouy le moutier pour voir avec quelle photo il faut cliquer ici

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Véro 17/01/2012 07:58

Une histoire d'homme sur une photo d'architecture... c'esst bien la preuve que l'humain est partout, mêm là où on ne s'y attend pas forcément en regardant tes clichés.