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Chaque photographie a une histoire qui mérite parfois d'être racontée, à condition que la propriété émergente, comme le dit si bien Hubert Reeves, justifie sa survie.

Je suis une légende

Publié le 19 Février 2012 par Bruno Hilaire in Scène de rue

 

je suis une legende

Ce matin-là, je suis allé à la gare sans trop de conviction, ayant appris par l’antenne radiophonique d’information en continu qu’une grève sauvage et très fortement suivie s’était déclenchée en île de France pour une raison que j’ignore. Loin de moi l’idée d’aborder un sujet de campagne sur le droit de grève, que je trouve légitime ce qui ne m'empêche pas de rouspéter quand j’y suis confronté : je me suis fait une philosophie de ne pas m’énerver et de ne jamais courir pour attraper un train.

Ce matin-là, les vingt minutes de marche à pied quotidienne qui me séparent de la gare ont été ponctuées par un très violent orage : un orage à grosses gouttes qui impactent le sol avec fracas, gouttes telles des bombes à eaux s’éparpillant comme pour marquer leur territoire. L’eau abonde et nos chaussées bitumées n’arrivent pas facilement à évacuer le trop plein.

Ce matin-là, il n’y eut pas de surprise. La pagaille prévisible battait son plein, des quais bondés, des haut-parleurs annonçant que « par suite d’une grève d’une certaine catégorie du personnel… ». Des passagers râlaient, essayaient de prendre à témoin d’autres passagers, comme si cela servait à quelque chose, et, en cas de succès, râlaient à deux, puis trois, puis… c’est peut-être comme cela que naissent les révolutions de droite, parce que les arguments étaient bien entendu à l’encontre des fainéants trop payés et qui avaient trop de vacances, qui partaient à la retraite avant d'être fatigués ! L’atmosphère devenait nauséabonde et, j’avais décidé de regarder le lever de soleil, faisant une croix sur ma formation qui aurait dû se dérouler dans le 20èmearrondissement

Ce matin-là, la diffraction des rayons du soleil produisait une couleur de fin du monde, de décors de film apocalyptique. Pour faire une photo, je m’autorise à mettre un pas devant l’autre sans qu’au moins un des pieds ne touche le sol, bref à courir (je vous dévoile ainsi mes priorités dans la célérité de mes mouvements).

Ce matin-là je cible le toit du parking de la gare de Houilles, monument de laideur, d’hérésie urbaine, d’attentat à la beauté, symbole de la prédominance de la fonctionnalité sur le bien-être ; donc ce matin-là, je monte les étages du parking quatre à quatre pour déboucher sur la terrasse en plein air. Le SPOT de Houilles pour qui aime La Défense.

Cette photographie est une sorte de petit miracle : le dernier train de la journée sur l’ensemble de la gare Saint-Lazare, le piéton qui rentre chez lui préférant le plein milieu de la chaussée au trottoir, l’orage qui a lustré comme un miroir le macadam et ce ciel orange de toute beauté. Avec de l’imagination, la voiture qui vient à la rencontre du piéton ressemblerait à un véhicule militarisé qui tenterait d’échapper à l’explosion nucléaire, car un ciel de la sorte ne peut être que la conséquence d'une explosion nucléaire ! Je m'attendais presque à sentir un vent chaud venir dévaster les tours qui s'écrouleraient en poussières de béton. Pas tout à fait puisque je suis encore en bonne santé pour vous raconter cette histoire.

Je suis une légende raconte la vie du dernier homme sur terre. Avant d’être un blockbuster au cinéma, c’est d’abord une nouvelle de Richard Matheson. Je sais cela fait vieux et c’est au moins aussi barbant que lorsque, jeune, on me bassinait avec Edgar Poe. Mais je peux vous l'avouer je me suis forcé à en lire un, d'Edgar Poe, et à mon corps défendant, j'ai bien aimé.

Pour en savoir plus sur le livre, cliquez ici

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MARIE 21/02/2012 08:46

Chez moi, LIRE signifiait lire "les grands classiques" et moi ça ne m'emballait pas !... mais j'ai eu la chance de connaitre une bibliothécaire (car nous n'étions pas riche et fréquentions donc
assidument la bibliothèque municipale) qui m'a fait découvrir une autre littérature, c'est comme ça que j'ai développé un goût pour la lecture qui m'a poussé plus tard à redécouvrir tous ces
"classiques" que j'avais négligé... ma bibliothèque est des plus hétéroclites, et c'est ainsi que ma fille est devenue une lectrice assidue...
Préserver ce genre de culture est absolument primordial pour moi, il est donc plaisant de voir que de nombreux blogs traitent de littérature... à tout bientôt

Carole Chollet-Buisson 20/02/2012 21:41

Je ne connaissais pas votre blog. Le titre "je suis une légende" m'a attirée... et Poe, tout de même, m'a retenue.
C'est une très bonne idée de raconter l'histoire de vos photos. Même si finalement ici la photo ouvre à une autre histoire, non ? Toute la rouille d'un matin solitaire et d'un long chemin. Bonne
soirée, Carole

Bruno Hilaire 20/02/2012 22:03



Histoire d'une photo aurait pu s'appeller également autour d'une photo. Ouvrir vers une autre porte de sortie, une autre perspective, telle est le but des ces chroniques. merci d'être passée sur
ma route, je retiens de venir à mon tour dans la région nantaise admirer les footballeurs suspendus.


Bruno



MARIE 20/02/2012 00:25

on ne m'a jamais forcé à lire Poe... à vrai dire, on ne m'a jamais forcé à lire quoique ce soit !
j'ai tout lu quand je l'ai voulu, Poe comme Balzac ou Zola et d'autres encore dont le noms paraitrait rébarbatif à beaucoup quand au roman de Matheson, car il s'agit bien d'un roman et non une
nouvelle, je l'ai littéralement dévoré tout comme ma fille après moi, même si à la réflexion je le trouve un peu daté dans un certain contexte politique, il n'en reste pas moins un chef d'oeuvre de
la SF... d'où notre très grande déception lorsque nous avons vue le film palichon et débile !

Bruno Hilaire 20/02/2012 20:31



Chère Marie! effectivement, il s'agit bien d'un roman (peut-être me suis-je laissé abuser par le terme anglais de roman qui se dit novel ?). Quelle chance de tomber dans la lecture et de le faire
partager a ses enfants. Tendre un livre, annoncer que c'est très bien, et voir dans les yeux quand on nous le rend que l'on ne s'était pas tromper, est un grand bonheur. J'ai eu plus de
difficultés, et les professeurs de l'époque, nous culpabilisaient de préférer Asimov, René barjavel ou Robert Merle à Balzac ou Zola. Mais le but du texte est bien de conforter les lecteurs dans
leurs choix, quels qu'ils sont. Merci d'être passer sur ma route.


Bruno