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Chaque photographie a une histoire qui mérite parfois d'être racontée, à condition que la propriété émergente, comme le dit si bien Hubert Reeves, justifie sa survie.

Donner l'envie d'être un génie

Publié le 14 Mai 2014 par Bruno Hilaire in Portrait

 

(signé) Vollani N°001

Ce personnage est un phénomène, un ovni, le genre de rencontre qui marque une vie : Cédric Villani, médaille Fields 2010 !

Si vous n’êtes pas décoration, elle équivaut à être champion olympique de mathématiques alors que le prix Nobel est décerné tous les ans. Sauf qu’il n’existe pas de prix Nobel de mathématiques et que pour la médailles Fields, il faut être âgé de moins de 40 ans le premier janvier de son année d’attribution. Impossible donc de l’obtenir à l’usure. Remarquez, les mathématiciens sont par nature précoces, plus que dans les autres disciplines.

 Cet homme, qui ne se départit jamais d’une araignée (fabriquée en région lyonnaise), d’un jabot et d’une montre à gousset ce qui lui donne un côté daté suranné tout à fait charmant, a une fâcheuse tendance à traîner sur certaines syllabes, et réfléchit beaucoup mieux quand il a quitté ses chaussures (ce qu’il fit dès qu’il fut assis sur l’estrade) . Ce génie des mathématiques faisait partie ce jour-là d’un jury pour remettre les prix d’un concours de nouvelles d’une prestigieuse école d’ingénieurs française : il était assis à côté de Jean-Louis Etienne et de Didier Lockwood (entre autres). Mais nul doute que la star annoncée était bien Cédric Villani, même si à la fin de la prestation,  nous avions tous été subjugués par la fougue de Fatou Diome, romancière de son état et, comme elle l’a reconnu, médiocre en mathématiques.

Cédric Villani a écrit un livre « Théorème vivant » qui raconte le plus simplement possible la démarche du chercheur qui, avec son co-auteur de recherche Clément Mouhot,  s’attaque à un problème monstrueux d’inégalité qui a abouti au sacre. Quand j’ai commandé le livre à ma libraire préférée, elle a été surprise et m’a solidement mis en garde sur le caractère abscons de la lecture. En effet, un bon tiers du livre est tout bonnement incompréhensible à moins d’être du niveau d’un prix Nobel ! Mais les  deux autres tiers expriment l’enthousiasme des idées, la mélancolie des impasses, l’ardeur des calculs interminables pour démontrer une infime partie du théorème, les voyages aux Etats-Unis, les rencontres impromptues dans les cimetières en pleine nuit !   Ce livre de poche est aussi un petit précis d’épistémologie des mathématiques avec des portraits de nombre de génies comme Henri Poincaré par exemple.  

Monsieur Villani : au-delà de vos capacités intellectuelles hors du commun, merci de nous ouvrir la porte, même romancée, du quotidien d’un chercheur et d’aider  à tordre le cou à toutes ces blagues idiotes sur cette discipline (on préfère des chercheurs qui trouvent, par exemple). Merci de nous faire partager, comme une quête du docteur Jones, les émotions de la quête du Graal. En cette période de restriction budgétaire, où cette approche économique nous tue les uns après les autres, je me désespère qu’on sacrifie la recherche fondamentale. Cette formation qui consiste, par exemple, à essayer de détruire toute nouvelle idée, de sorte que seules les bonnes résistent, est une formidable école de vie.

La prochaine médaille Fields 2014 sera attribuée en août à Séoul. Je rêve que la relève soit couronnée pour redonner, comme vous l’avez fait,  un peu de peps à la recherche française.

Pour découvrir l'auteur présenter son ouvrage, c'est ici

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