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Chaque photographie a une histoire qui mérite parfois d'être racontée, à condition que la propriété émergente, comme le dit si bien Hubert Reeves, justifie sa survie.

10 eme symphonie de Chostakovitvch

Publié le 10 Octobre 2016 par Bruno Hilaire

10 eme symphonie de Chostakovitvch

Pas très loin de la bastille, je m’engouffre dans une .. église. La chose est suffisamment rare pour être évoquée d’entée. Il y a déjà du monde, sur des chaises de paille inconfortables, des femmes et des hommes de noir vêtu qui se déplacent, leur instrument à la main.

Le concert commence à 16 heures, et, en ce début d’octobre, la lumière est encore bien présente. La température est loin d’être estivale.

Je me suis positionné de telle sorte à pouvoir me déplacer sans trop déranger : et puis, depuis ce midi, j’ai enfin trouvé une paire de chaussures compatible avec mon pied abimé lors d’une violente une altercation avec mon lit.

La formation est dite « amateur », œuvre bénévolement pour des missions caritatives : mais, peut-on s‘attaquer à la 10eme symphonie de Chostakovitch en y allant en dilettante : comme l’a évoqué le chef d’orchestre dans sa présentation, cette symphonie, ce n’est pas une « mince affaire »

Là où je suis, une partie de l’orchestre est cachée derrière un pilier de l’église, sans que cela nuise à la qualité musicale assez surprenante : pas de rebond intempestif sur les parois de pierre. Mais de là où je suis, je ne perds pas une miette de sa gestuelle.

Le premier mouvement est une découverte : les sons, les visages, les contrebasses pas loin qui délivrent de sourdes vibrations : un vieux barbu, un grand (vraiment très grand, je me demande si son instrument a été fait sur mesure) et mon copain chauve, le Bruce Willis de la contrebasse. Il y a aussi une femme au rouge à lèvre prononcé.

Le chef tient sa bande à coups de baguette, de mouvements de bras, de signes de tête et parfois, d’un grand sourire rassurant. Assez magnétique. Une des violonistes le cherche régulièrement du regard, derrière ses grandes et sensuelles lunettes : elle semble sous le charme.

Par moment, de sa main gauche, le chef vient recherche le revers droit de son col de chemise; Le bras se colle à la poitrine, le coude bien replié; le menton va à l’encontre de la main : une sorte de recueillement ou juste de pause pour la concentration ?

Contrairement à la pièce précédente de Tchaïkovski, le public n’applaudit pas à la fin du premier mouvement. Le chef rassure l’orchestre d’une attitude bienveillante : cela semble bien se dérouler.

Nous sommes déjà sous le charme.

Le deuxième mouvement est un bref coup de poing stalinien ; percutant. Il réveille. Un mouvement évoquant Staline dans une église : tout en contraste et opposition.

Puis vient le troisième mouvement ! Celui de l’amour, après la mort de Staline, la muse qui obnubile incarnée dans un cors : pas très courant ; mais pourquoi pas. Cela sonne un peu comme un sonnerie aux morts. Et pour cause, platonique restera l’idylle. Peut-être s’en doutait-il au moment de la composition de l’œuvre. Cette ligne de corps, fut un message codé, révélé plusieurs décennies après l’écriture de la symphonie: les notes jouées sont la transcription des lettres du prénom de l’être aimé ! Pas très original sur le principe mais diablement romantique. Il faut juste être capable d’écrire une symphonie qui restera dans l’histoire ! Les lignes de violoncelle étaient écrites sur le même principe, avec le prénom du compositeur. Une sorte de jeu de cache-cache.

Dans le dernier mouvement, cela monte, puis redescend, puis remonte, puis je ne sais plus ; le chef tourne les pages de son carnet de plus en plus vite : un petit carnet, orange. Comment fait-il pour voir ? Le chef bouge, décolle du sol parfois, magnétise et emporte tout le monde dans un final au « zip » si délicat à faire jouer pour terminer. Sur son visage, on retrouve du soulagement mais surtout le bonheur d’y être arrivé. Ensemble. Le silence, aussi bref fut-il, étaient encore maïtrisé par l’orchestre, comme s’il était joué. C’était la dernière d’une série de trois concerts.

Une bronca s'éleva dans l’église, les gens debout. Sincèrement touchés. C’était beau, fort en émotions. Ce soir-là, dans une église, le chef, mon frère, m’a fait pleurer de bonheur.

Pour découvrir cet orchestre, son site est ici

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